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Pendant longtemps, les chercheurs ont estimé que l'arrière-pays des cités phéniciennes n'était pas occupé. Pline et Strabon évoquaient pourtant sous le nom d'« Ituréens » ou d'« Arabes » une population qui habitait des régions reculées du Mont-Liban. Plus tard, Henri Seyrig a affirmé qu'une population de montagnards forestiers, vivant en marge des grandes cités phéniciennes, avait bâti des sanctuaires rustiques sur les hauteurs pour vénérer leur divinité.

L'archéologue Wissam Khalil, spécialiste des périodes antique et médiévale, le confirme de son côté, en s'appuyant sur une argumentation de données archéologiques et de travaux menés dans le cadre du Shouf Built Heritage Conservation Project (SBHCP) et de la Mission archéologique de Qasr Swayjani de l'Université libanaise.

 

Les vastes investigations et les prospections archéologiques entreprises dans une zone s'étendant de Jabal el-Barouk à Jabal Niha, dans le Chouf, ont révélé des vestiges funéraires, des installations agricoles (notamment des pressoirs), des éléments architecturaux et des structures en grand appareil pouvant appartenir à des édifices de cultes ou des fortifications. Ces ruines, datant des époques romaine et proto-byzantine, attestent la présence d'un peuplement en ces temps-là. Elles sont encore visibles à Qalaat el-Hosn (Maasser el-Chouf, 1 500 m), Jebah (1 200 m), al-Jouar entre Baadaran et Khreibeh (1 000 m), et dans le village de Botmeh (1 000 m), pour ne citer que quelques sites.

Qasr Swayjani, à Kahlouniyé (1 050 m), a même fourni des témoignages liés à l'époque hellénistique. Surplombant la vallée de Nahr el-Barouk, le Qasr « est le seul site archéologique fouillé dans la région. Il a livré un lot de céramique datant de la fin du IIIe et du début du IIe s. avant J.-C., des monnaies ptolémaïques et séleucides, dont des émissions d'Antiochos III et de Demetrios Ier, ainsi que les restes d'un bâtiment construit avec de gros blocs assemblés à sec », précise le spécialiste.

M. Khalil ajoute que cette région montagneuse, difficile d'accès fut même habitée à des époques plus anciennes. Des vestiges de l'Âge de fer ont été mis en évidence à Qalaat el-Hosn (Maasser el-Chouf) et dans d'autres villages, notamment à Machqir à Baadaran. De même, un matériel céramique datant de l'Âge de bronze (IIe millénaire avant J.-C.) a été retrouvé à Fraidis (el-Borj et Chqif el-Lawz ), Jebaa (Tallet el-Arid) et Semqaniyé.

  

Un axe routier datant de l'Âge de fer

« Il est impossible que ces sites aient pu exister ou subsister sans lieux de passage entre eux et les grands centres urbains. Leur présence est, en elle-même, une preuve que la région a été traversée par des axes de communication, dit Wissam Khalil. Mais nous ne disposons d'aucune structure de voie antique ou trace réelle de chaussées, d'escaliers taillés dans la roche ou encore d'inscriptions rupestres qui témoigneraient du passage d'une route. » « Cependant, ajoute-t-il, la position stratégique de Qasr Swayjani, qui domine un champ d'observation allant de Dahr el-Baïdar à Jezzine et une vue sur la Méditerranée, et le port antique de Jiyé, laisse supposer qu'il était construit sur une voie vitale qui traversait jadis cette région. Il rappelle que, dans sa thèse de doctorat, il avait démontré l'existence d'un axe routier majeur remontant à l'Âge de fer, qui reliait divers sites archéologiques. Cet axe allait de la ville de Sidon à la plaîne de la Békaa, en passant par Chhîm puis Baaqline avant de traverser Semqaniyé, Batloun, Barouk, Aïn Dara, et d'arriver à Qab Élias. 

 

La route romaine... asphaltée

En ce qui concerne les voies romaines, Wissam Khalil souligne qu'une route datant de cette époque a été signalée pour la première fois par le père jésuite Maurice Tallon, qui a publié en 1967 un article-phare sur le réseau de communication romain dans le Chouf et le sud de la Békaa. « Cette route dallée reliait la région dite Marj Bisri ou Marj Amatour, entre le Chouf et Jezzine. Nous l'avons repérée mais sans le dallage qui a été arraché au bulldozer, pour la rendre accessible aux voitures », dit-il.

Côté vallée Nahr el-Barouk, l'équipe de la Mission archéologique de Qasr Sawayjani a repéré une voie menant à un escalier menant de la vallée jusqu'au plateau de Mazraat el-Chouf. Il est connu par les habitants de la région sous le nom d'al-Maabour el-Roumani, ce qui signifie en arabe dialectal « le passage romain ». « Il est entièrement appareillé et présente des réfections, ainsi que des remaniements apportés à travers les siècles. Sa technique de construction repose sur un principe simple qui consiste à construire de grandes marches pavées, soutenues d'un ou des deux côtés par des murs de soutènement », explique l'archéologue. Il ajoute que cette construction ressemble de près à une route construite à l'époque romaine à Akoura et datée du règne de Domitien, sur base d'une inscription.

Le Chouf, qui semble avoir été habité sans interruption dès l'Âge du bronze jusqu'à aujourd'hui, ne fait pas exception. Selon Wissam Khalil, il n'est qu'un exemple qui met en évidence l'occupation humaine de toute la Montagne libanaise, depuis les temps reculés.

 

Infos pratiques

La Mission archéologique de Qasr Swayjani a débuté en 2010. Elle est composée d'archéologues et d'étudiants du département d'art et d'archéologie de l'Université libanaise. Elle bénéficie du soutien de l'Union des municipalités du Chouf al-Swayjani (UMCS) et de la municipalité de Kahlouniyé.

 

SBHCP, ou Shouf Built Heritage Conservation Project, est dirigé par l'architecte et restaurateur Zaher Ghossaini. Le projet vise à recenser tout le patrimoine historique, architectural et archéologique de la région du Chouf. Voir : www.sbhcproject.com

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