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Son équipe est formée d'Éva Ishaq (université de Varsovie), de Michel Maqdessi (musée du Louvre), d'Aimée Maha Bou Rizk (musée de l'AUB), ainsi que de l'architecte Samir Rubeiz. Pourtant, leur sourire est radieux. Trois semaines de fouilles ont permis de mettre au jour les fondations d'un sanctuaire hellénistique, le premier à Tyr (la période hellénistique va des conquêtes d'Alexandre le Grand en Orient jusqu'à l'arrivée des Romains).

Il s'agit de deux murs qui délimitent une surface rectangulaire avec une plate-forme carrée et d'un autel en pierre calcaire dure dont les parties supérieure et inférieure sont sculptées par des moulures horizontales ; il mesure 0,62 mètre de haut et 0,32x0,32 m de côté. Des traces épaisses de cendre ont été notées sur la plate-forme et l'autel. Dans ce contexte, il s'agissait, à l'évidence, de l'usage cultuel de l'encens, rite répandu dans l'Antiquité, et qui symbolisait l'offrande et accompagnait les prières adressées aux divinités. En revanche, les fouilles n'ont pas livré des restes d'ossements animaux. Une vingtaine de pièces de monnaie, des lampes à huile, dont six intactes, ainsi que plusieurs objets en céramique parmi lesquels des assiettes, des jarres et des bols presque entiers, ont été également mis au jour. 

Si la découverte du matériel en céramique n'est pas exceptionnelle, celle d'une lampe à huile l'est beaucoup plus. La pièce peinte représente une scène d'offrande dans laquelle figurent un prêtre et une femme s'avançant vers une table sacrée servant au dépôt d'offrandes. « Celle-ci, avec ses moulures, est identique à l'autel que nous avons exhumé », indique Mme Badre, signalant que la lampe remonte à la période hellénistique, vers le IIe siècle avant l'ère chrétienne. « Une fois nettoyées, les monnaies récoltées permettront d'établir une datation plus précise », ajoute-t-elle.

La chef des opérations affirme, d'autre part, que l'autel, dans ses dimensions, ses pierres et ses techniques de construction, est analogue à celui du temple de Sarepta, cité phénicienne fortifiée, située au nord de l'actuelle localité de Sarafand. Il reste toutefois que le sanctuaire de Tyr, avec ses 15 mètres de long par 6 mètres de large, apparaît deux fois plus grand que celui de Sarepta, qui, lui, s'étend sur 6m40 par 2m60. Mais la véritable étendue du sanctuaire de Tyr – qui n'a été dégagé que sur une parcelle d'environ 70 m2 – pourra encore apparaître à la faveur des fouilles qui se poursuivront l'été prochain, fait observer l'archéologue Badre.

Rappelons que Sarafand avait fait l'objet de fouilles complètes par James B. Pritchard, en 1972. La cité, où se pratiquait le culte de la déesse Tanit-Astarté, a fait partie du royaume de Tyr jusqu'à la conquête romaine. Elle était renommée pour ses techniques de verre soufflé, activité qui existe encore aujourd'hui dans la localité.

Le site, une aire sacrée
La spécialiste révèle également que les fondations d'un des murs du sanctuaire reposent sur les vestiges d'une construction, liée à une phase plus ancienne. « Ce qui nous conforte dans le fait que ce lieu de culte a été plusieurs fois reconstruit. La tradition de la préservation des lieux de culte sur plusieurs siècles se confirme », souligne Mme Badre, qui rappelle que cinq églises superposées avaient été découvertes sous la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes à Beyrouth. D'ailleurs, cette parcelle sur le promontoire de Tyr avait suscité son intérêt parce qu'elle est située à quelques encablures des restes de deux églises byzantines, découvertes autrefois par l'émir Maurice Chéhab. « Il était clair qu'il s'agissait d'une aire sacrée et notre site devait être relié par une continuité évidente. Nous avons obtenu du directeur général des antiquités, Sarkis el-Khoury, l'autorisation de mener des fouilles, avec les encouragements du Dr Ali Badaoui, directeur des fouilles de Tyr. »

Tyr, construite en grande partie sur une île réputée imprenable, passait déjà pour l'une des plus anciennes métropoles du monde, fondée selon la tradition en 2750 av. J-C. Succombant après huit mois de siège à l'attaque d'Alexandre le Grand (332 av. J-C) qui avait bloqué le détroit à l'aide d'une digue, une ville grecque d'abord, puis une ville romaine s'élevèrent successivement sur ce qui est maintenant devenu un promontoire.
D'importants vestiges archéologiques appartenant aux périodes romaines et préromaines ont été découverts, mais la glorieuse Phénicie n'a livré qu'une infime partie de ses secrets. Il y a tellement encore à fouiller.

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