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La trajectoire de François Boustani, aussi brillante qu'éclatée, révèle une détermination indéfectible au service d'un esprit libre. Elle commence à Zahlé, où il grandit au sein d'une famille dans laquelle « l'amour de la France était une tradition », à l'instar de son grand-père paternel « qui ne fumait que des Gauloises et se redressait avec orgueil quand on venait à parler de la France », confie-t-il. Puis il rejoint les frères des Écoles chrétiennes à Beyrouth, afin de « recevoir une meilleure formation en français ». Son baccalauréat en poche, il se prépare à intégrer la faculté française de médecine, mais le concours est constamment reporté à cause des affrontements de la guerre civile. François Boustani entame donc ses études de médecine loin de sa famille, à Montpellier, ville de sa « renaissance spirituelle, au contact de ses maîtres de faculté », avant de « monter » enfin à Paris pour sa spécialisation en cardiologie, dans le très prestigieux service du professeur Jean Acar. En 1999, il crée le site internet de la cardiologie francophone, en réponse au recul du français comme langue scientifique : « Il n'est pas anodin qu'une science perde sa langue, et de la même manière qu'une langue perde sa science », affirme-t-il. En 2014, au lendemain de son élection en tant que président du bureau français de l'Association franco-libanaise de pathologie cardio-vasculaire (le bureau libanais est présidé par le professeur Antoine Sarkis, ponte de la cardiologie), il crée à Paris la Journée annuelle de formation médicale continue, dont le dessein est de présenter et d'analyser en français les recommandations de la Société européenne de cardiologie, écrites en anglais et non traduites. La publication sur son site internet des conférences des Journées de la cardiologie francophone sont utiles à plus d'un millier de cardiologues francophones à travers le monde; tout comme son ouvrage L'essentiel en cardiologie (publié en 2007 et augmenté en 2017), unanimement salué pour sa grande précision et son didactisme.

 

 

 

L'histoire comme nécessité
Les grands médecins ne se contentent que très rarement de leur métier. François Boustani ne déroge pas à cette règle. L'étude de l'histoire s'impose rapidement à lui comme une nécessité : « Ayant été marqué par la guerre civile libanaise, il était très important pour moi de comprendre l'identité libanaise et d'interroger l'histoire du Liban. Mais de quelle histoire parle-t-on ? Les différentes communautés ont vécu les mêmes événements, mais elles n'en gardent pas les mêmes souvenirs et n'ont pas appris le même récit historique. »
La « formation de l'esprit scientifique » dont a bénéficié le cardiologue – pour reprendre le titre de l'essai de Gaston Bachelard – est un précieux avantage donné à l'historien, car elle « développe l'esprit critique, incite à être plus rigoureux sur les sources et sur la cohérence et la concordance des récits », dit le cardiologue. Et Boustani de citer Paul Valéry : « L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs (...). » La pratique médicale permet ainsi au médecin de développer un « regard médical qui, de toutes les possibilités d'observer le monde, est le plus percutant, en ce qu'il repose sur les seules certitudes que sont la maladie et la mort », poursuit le cardiologue.

 

 
Une identité entre la France et le Liban
« Le Liban est ma terre natale, celle qui vous marque à jamais. La France est le pays où je me suis réalisé et au contact duquel j'ai évolué et grandi », explique-t-il. François Boustani évoque aussi l'exil, qui constitue « la troisième composante de son identité ». Mais le déracinement, aussi regrettable soit-il, n'est-il pas cependant une précieuse disposition offerte à celui qui s'intéresse à l'histoire ? L'historien ne doit-il pas être libre de toute appartenance, de tout clan, afin de se montrer objectif ?
« Je m'en vais, ô mémoire, à mon pas d'homme libre, sans horde ni tribu, parmi le chant des sabliers » ; tels furent les mots du poète en exil Saint-John Perse, des mots qui témoignent d'un bien que partagent nombres de déracinés : l'indépendance. Peut-être était-ce aussi cette liberté intellectuelle que les Immortels souhaitaient saluer, en décernant au cardiologue cette grande médaille de la Francophonie.

 

*François Boustani est l'auteur de deux ouvrages : « La circulation du sang, entre Orient et Occident », éditions Philippe Rey (2007), et « L'essentiel en cardiologie », éditions Sauramps Médical (2012 et édition augmentée en 2017) et publie sur le site internet www.cardiologie-francophone.com

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