3oudou Emigrants song from Tony Kiwan

Search

Jalyatouna

 

 

MadeinLebanon.org

Subscribe to our Free Newsletter

Keefak: The Lebanese Arabic Language Mobile Application

 

 

Sept ans de travaux ! Voilà le temps qu'il aura fallu au musée Sursock pour accomplir sa mue et passer du statut de vénérable demeure muséale en véritable institution artistique agrandie et réaménagée aux normes du XXIe siècle.

 

Le palais blanc légué au siècle dernier par Nicolas Sursock aux arts et artistes du Liban garde son allure et sa façade, princières, tout en s'adaptant aux exigences du temps présent. Écrin somptueux d'œuvres modernes libanaises majeures, il entre cette fois de plain-pied dans l'ère contemporaine. Et rappelle qu'en art aussi il ne peut y avoir d'avenir sans retour au passé...

 

C'est d'ailleurs ce qu'évoquent d'emblée Les pleureuses (1932) qui accueillent les visiteurs à l'entrée même du grand portail extérieur. Cette ancienne statue des Martyrs, taillée dans la pierre libanaise par Youssef Hoyek, était déjà là depuis les années 50, après son remplacement par l'actuel monument du centre-ville. «Cette œuvre était très contestée à l'époque. On ne la jugeait pas assez moderne et lorsqu'elle avait été démise de la place publique, le musée Sursock l'avait récupérée», indique Zeina Arida Bassil, la nouvelle directrice des lieux, qui vient de la Fondation arabe pour l'image, qu'elle dirigeait et dont elle a été la cofondatrice. C'est donc cette sculpture qui trône dans la cour d'entrée, au milieu d'autres œuvres de pierre de Michel Basbous, Jamil Molaeb et Viola Kassab. Elle porte en quelque sorte l'étendard du musée Sursock et annonce ses couleurs: collecter, préserver, exposer et raconter le patrimoine artistique libanais.

 

Petite visite du musée Sursock rénové

Ouvert en 1961, réaménagé une première fois au début des années 70, le musée Sursock était néanmoins resté trop petit pour accueillir des expositions temporaires simultanément avec l'accrochage de la collection permanente. C'est de là, et à l'initiative de Ghassan Tuéni, alors président du comité du musée, que le projet d'élargissement a été décidé en 2008.

«Il fallait agrandir le musée sans toucher au bâtiment historique, évidemment classé. L'idée était que les architectes devaient intervenir le moins possible. Et c'est dans cet esprit que Jean-Michel Wilmotte et Jacques Aboukhaled ont rénové l'édifice principal en y ajoutant de part et d'autre, mais néanmoins en retrait, des cages d'escaliers à travers lesquelles se fait maintenant la circulation dans le musée. Pour pouvoir agrandir l'espace, les deux architectes ont été dans la verticalité en sous-sol. Ils ont creusé environ 20 mètres sous cette maison construite en 1912 – donc sans fondations, ce qui a nécessité deux ans de travaux d'excavation – pour adjoindre 4 étages sous le jardin», raconte Zeina Arida.

 

«Deux de ces 4 étages supplémentaires sont dédiés à l'accueil du public et comprennent, outre une salle d'exposition temporaire de 800 mètres carrés (aux lutrins permettant de capter une très belle lumière zénithale) inaugurée par un magnifique accrochage d'œuvres picturales et photographiques célébrant Beyrouth, de 1800 à 1960 (lire ci-contre), un auditorium (équipé d'outils audiovisuels et de traduction simultané) et une médiathèque (où les visiteurs pourront consulter les importantes archives du musée). Tandis que les deux autres hébergent des espaces techniques, dont deux réserves aux conditions climatiques différentes, des salles de travail et des ateliers de restauration totalement équipés... Par ailleurs, une extension en verre et acier a été discrètement ajoutée en bordure de l'esplanade du musée pour héberger un café-restaurant et une boutique-librairie », signale la directrice.

 

Twin Galleries

L'accès au musée se fait désormais du rez-de-chaussée. À peine pénètre-t-on sous le double escalier extérieur que le ton est donné: clarté et épurement des lignes et des matériaux modernisent le lieu en toute discrétion. De part et d'autre du hall d'accueil, les Twin Galleries, deux salles qui fonctionnent comme un seul espace et qui sont dédiées aux expositions (4 par an) d'œuvres de jeunes artistes.

Elles sont justement inaugurées par les œuvres multimédias d'un groupe d'artistes, designers et chercheurs ayant travaillé sur les transformations urbaines et contemporaines de Beyrouth. L'accrochage baptisé The City in The City offre ainsi (jusqu'au 11 janvier), à travers des films, images et cartographies signés 98 Weeks, Vartan Avakian, Roy Dib, Mona Fawaz, Ahmad Gharbieh, Randa Mirza, ainsi que des œuvres publiques présentées par Nadine Begdache et Abir Saksouk-Sasso, une myriade de visions de cette ville multiple, entre passé et présent, réalité et fantasme. «Nous avons voulu que les différentes expositions inaugurales soient en lien. En l'occurrence, à travers le thème de Beyrouth», indique Zeina Arida. Et de poursuivre: «Comme ce musée est un espace semi-public, on a cherché à aborder l'art contemporain de manière accessible, en liant les histoires ensemble, sans se cloisonner dans une période et en s'ouvrant à tous les médiums, toutes les pratiques. Mais en gardant cependant un cadre qui permet de donner sens.»

 

La photo entre au musée

C'est dans cet esprit que le musée Sursock héberge désormais la collection Fouad Debbas. C'est-à-dire quelques 30000 clichés photographiques, cartes postales, illustrations et gravures du Liban et de la région entre 1830 et 1960. Des photos qui feront l'objet d'une série

d'accrochages thématiques, dont le premier, baptisé Picturing Identity, donne à voir dans une salle aux boiseries anciennes du premier étage (toujours jusqu'au 11 janvier) des cartes de visite et des portraits en studio signés Bonfils, Saboungi ou encore Abdallah frères, retraçant la typologie des classes sociales dans le Liban de la fin du XIXe siècle.

 

Collection permanente en deux volets

C'est également au premier étage que se trouve l'une des deux salles réservées à la collection permanente. Située à proximité du bureau de Nicolas Sursock et du salon oriental préservés en l'état, «afin de reconstituer un peu l'atmosphère et le cadre de vie de ce personnage qui a fait un geste philanthropique assez important», elle rassemble des toiles, essentiellement des portraits du maître des lieux faits par des artistes contemporains: Habib Srour, Daoud Corm, Khalil Saliby, Moustapha Farroukh, César Gemayel, Omar Ounsi ou encore Georges Sabbagh et Khalil Zogheib...

Mais c'est à l'étage du dessus que se trouve le noyau central de la collection permanente comprenant de très belles et importantes œuvres des maîtres de la peinture moderne libanaise : Paul Guiragossian, Saliba Doueihy, Salwa Raouda Choucair, Chafic Abboud, Yvette Achkar, Etel Adnan, Aref el-Rayess, Hussein Madi ou encore Assadour...

«Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, Nicolas Sursock aimait l'art, mais n'était pas collectionneur. Il ne possédait qu'un nombre limité de toiles, dont deux portraits de lui, l'un peint par Philippe Mourani et le second par Kees Van Dongen (en restauration). C'est le musée qui a commencé à constituer une collection à partir de 1961», explique Zeina Arida. «Les dix premières années, avant la première rénovation qui a eu lieu de 1970 à 1974, le musée a fait beaucoup d'acquisitions de pièces majeures d'artistes qui gagnaient à l'époque les premiers prix du Salon d'automne et qui sont aujourd'hui devenus les grands noms de l'art moderne. Durant la guerre et avec les problèmes sécuritaires, le musée ne faisant plus tellement d'acquisitions, ce sont les dons des artistes et des collectionneurs, certains legs aussi comme celui de Pierre Cordahi, qui ont permis d'alimenter la collection. C'est là où elle s'est diversifiée. Ce n'étaient plus uniquement les premiers prix qui intégraient le musée. Ce qui rend cette collection intéressante, ce n'est pas le nombre d'œuvres (parce qu'elle reste une petite collection), mais le fait qu'elle raconte non seulement l'évolution des pratiques artistiques au cours d'une certaine période au Liban, mais aussi l'histoire du musée et de sa programmation», signale-t-elle.

 

Pour la jeune directrice, le défi est «de donner une audience à ce musée. En rendant l'art (ou sa présentation?) plus ludique, plus accessible, moins impressionnant et élitiste... Nous voulons donner envie aux gens de venir aux expositions. Et pour cela, outre les médiateurs culturels qui seront présents dans toutes les salles afin de répondre aux questions des visiteurs, nous avons établi des programmes publics et des visites guidées qui s'adressent aussi bien aux enfants qu'aux familles et à toute sorte de publics différents».

L'invitation est lancée... À partir de ce jeudi 8 octobre.

 

Beyrouth éternelle...

À tout seigneur, tout honneur, c'est à Beyrouth qu'est consacrée la grande exposition temporaire qui ouvre la nouvelle ère du musée, avec Regards sur Beyrouth: 160 ans d'images 1800-1960.

Prévue depuis quelques années déjà, elle a été conçue et préparée longuement par Sylvia Agémian (qui a été la commissaire d'expositions du musée Sursock durant les 4 dernières décennies), avec la contribution de Gaby Daher, Samir Moubarak et Michael Davis. Elle aborde la représentation de la ville de Beyrouth à travers des peintures, photos et gravures réalisées entre 1800 et 1960. Et signées aussi bien par Aref el-Rayess, Hussein Madi, Khalil Zogheib, Amine el-Bacha ou David Hockney (place des Canons; 1966).

 

Monté à partir de 250 œuvres empruntées à quelque 35 collectionneurs (pour la plupart libanais et dont les collections se trouvent au Liban), cet accrochage, présenté en six sections (vues panoramiques; le port; la ville; la côte; les provinces et les collines avoisinantes), offre une lecture visuelle et artistique de l'évolution géographique, sociale et même politique de Beyrouth au cours de ces 160 années.

primi sui motori con e-max